Géorgie | Une année humanitaire

Traduit par ma superbe Maman:

21 Janvier: Moments d’éternité.

Bruit de moteur, cris d’enfants. Pendant que j’écris ces lignes, se mêlent la musique des Pink Floyd dans mes écouteurs aux bruits du quotidien dans la «Marschrutka» où je me trouve. La musique n’est pas ma vie, mais la vie est musique. Surtout un jour comme celui-ci.

On est lundi, 17h27. Le soleil se couche. Seuls, les sommets du Caucase, à trente kilomètres au nord, couvert de neige, illuminent le paysage. Je suis à Vardisubani, un petit village à vingt kilomètres au sud de Lagodekhi. Il fait assez doux, dix degrés.
En ce moment, je suis au bord de la route principale et j’attends la «Marschrutka» qui me ramène à la maison. Quoi? Une «Marschrutka»? Oui, une «Marschrutka». Alors ça, c’est une chose vraiment unique.
Aucune ne se ressemble, chacune est fortement abîmées d’un differente façon: le pare-brise est fêlé, pas de calandre ou bien elle donne l’impression que chaque kilomètre qu’elle parcourt sera sont dernier.
Une «Marschrutka» n’arrive jamais trop tôt, et jamais trop tard, elle passe exactement quand le chauffeur le juge bon. En province, elle est le moyen de locomotion le plus sûr et bon marché. La ponctualité n’est pas son fort, mais par une telle soirée en regardant le Caucase, c’est un plaisir d’attendre. Chaque semaine, j’attends ici. L’atmosphère qui m’entoure respire la sérénité: un peu plus bas, trois vaches esseulées traversent la route, de l’autre coté de la route, des chauffeurs de taxis discutent tranquillement en attendant des clients. Sérénité, bizarrement troublée par les voitures passant à une vitesse folle.

 

Attendre la Marschrutka.

Une chose de plus rend l’attente à Vardisubani intéressante, ce sont les cris de la jeunesse du village. Les plus jeunes, la plupart des garçons, (6 ans environ) m’accompagnent jusqu’à l’arrêt de la Marschrutka et examinent chaque semaine si mon géorgien a déjà progressé. L’un d’entre eux, le petit Gio — il m’arrive un peu près jusqu’au nombril — m’a expliqué qu’il parlait français et qu’il avait une grand-mère de France.

Une remarque sur le prénom : Gio, en fait Giorgi, est le prénom masculin le plus répandu en Géorgie. Lorsqu’on a oublié le nom de la personne en face de soi, on peut bien l’essayer avec Giorgi. La chance de toucher ce trouve, disons, à cinquante pour-cent. Pour les filles, c’est la même chose avec le prénom Mariam.

Donc pourquoi est-ce que le petit Gio m’accompagne chaque semaine? Bref, j’ai commencé à travailler: Depuis deux mois je vais à Vardisubani.
Lorsque j’y suis allé pour la première fois, je n’avais aucune information. Je ne savais pas où exactement se trouvait le centre culturel, combien il y aurait d’enfants et surtout pas ce qu’ils voulaient de moi. Rien.
Tout de même, j’étais d’abord content de commencer à travailler. Car de mi-septembre jusqu’à fin octobre, à part les «supras» et pleins d’autres choses intéressantes, mon travail avec les jeunes n’avait pas encore démarré.
Quand j’arrivais à Vardisubani, je n’était malheureusement pas le seul à ne rien savoir. Personne n’était vraiment au courant de quelque chose. Il y avait 15 jeunes en plus de la coordinatrice du centre. Elle ne parlait pas anglais et après quelques minutes, elle avait disparu.

 

Animation d’un groupe de jeunes à Vardisubani.

Donc, assez de raisons pour vouloir directement repartir. Deux mois après, je suis très content de ne pas l’avoir fait. Nous nous rencontrons maintenant chaque semaine pour faire des photos ensemble. Ce qui est difficile, c’est que les jeunes n’ont souvent que leur portable ou même aucun moyen de prendre des photos. Alors, il faut voir de quelle perspective on aborde la chose. Pendant les rencontres, il y a une chose qui se confirme: Ce n’est pas l’appareil photo qui fait la photo mais le photographe. Il n’ y a pas besoin d’un gros objectif et d’un appareil reflex pour faire une bonne photo. Ce n’est pas l’intensité lumineuse, un capteur puissant et le «Bokeh» (qui rend le fond de la photo floue lui donnant un aspect professionnel) qui font la qualité d’une photo. C’est ce que j’essaye de transmettre aux jeunes: la technique si bonne soit elle, a toujours des limites. De voir les jeunes se réjouir d’apprendre et de devenir créatif eux-mêmes est formidable.
Chaque semaine, je travaille dans deux autres villages. L’un deux s’appelle Heretiskari. Là aussi, au départ, rien n’était clair. Je suis arrivé. Autour de moi se pressaient 25 jeunes âgés de 7 à 19 ans. Au premier abord aucun semblait parler anglais. Au cours de la première rencontre un jeune se révéla capable de s’exprimer dans un anglais passable. C’est une chose fascinante de mener un groupe sans langue commune.
C’est fatiguant.
C’est formidable.
C’est réjouissant de voir comme les jeunes s’enthousiasment pour des jeux en groupe tout simples. Dans les campagnes, il n’y a pas de bons cours d’anglais et aucune propositions pour la jeunesse.
Au cours de ces rencontres, sans cesse il y a des moments émouvants, moments d’éternité.

Une fois, lorsque nous jouions au pendu, c’était une petite fille de sept ans qui proposait le premier mot. De voir la fierté dans ses yeux quand son mot, écrit par elle-même en anglais, fut deviné. De voir, les plus grands se disputaient le crayon pour pouvoir suivre son exemple: génial.
Ou bien ce sont les garçons qui aimeraient plutôt faire des bras de fer avec moi mais qui, quand même, se concentrent et participent.
C’est Lia, dix-neuf ans, qui ne veut jamais sourire et qui pendant le jeu «Donne moi un sourire» y arrive entrainée par les autres.

 

Heretiskari

Les rencontres ne se passent jamais comme je les ai planifiées. Chaque fois , il y a une surprise : un problème de communication ou les jeunes attendus ne viennent pas, à la place une ribambelle de petits. Donc il faut que j’ai toujours non seulement un plan B mais aussi un plan C et un plan D. C’est fatiguant, très fatiguant, mais ça vaut le coup. Que ce soit en Allemagne, en France ou au pied du Caucase, des jeunes motivés sont des jeunes motivés et ceux qui ne le sont pas, peuvent encore le devenir.

 

Le jour où je suis arrivé presque ivre au travail.

Les premiers mois sont passés à une vitesse folle. Sans langue commune, avec ou sans bière (du vin fonctionne aussi), j’ai vécu des rencontres formidables. Longues ou courtes:
Un jour, je retournais à la maison en «Marschrutka» comme d’habitude lorsque le chauffeur me demanda d’où je venais. Je répondais comme d’hab, d’Allemagne. Il demanda de quelle ville et à peine avais-je commencé à essayer d’expliquer où se trouve Minden, le chauffeur s’écria «vizi, vizi» (je sais, je sais) et «Porta Westfalica» (ville juste à coté)! L’effet que, ce géorgien inconnu au milieu de la pampa dans un mini-bus château branlant rempli de gens, produisit sur moi, est indescriptible. C’était complètement inattendu et formidable. De trouver un petit bout de «chez-soi» en terre étrangère et quelque chose particulièrement précieux. A ce moment là, je me suis senti comme citoyen du monde. Et de penser que partout un nationalisme redevient important et que l’on construit des murs pour se protéger me semblais d’autant plus d’une absurdité sans égal. Debile en fait.
Cette magie des rencontres rend souvent mon travail comblant. Ensemble, au-delà d’une langue commune et des générations, jouer ou éprouver les mêmes sentiments en écoutant les premiers accords de «Riders on the storm», ça chauffe tout simplement le coeur.
Une nuit, je me promenais avec mon frère d’adoption dans les rues de Lagodekhi. Je ne sais plus pourquoi mais nous écoutions ensemble le chant lyrique «Du bist die Ruh» («Tu es le calme») de Franz Schubert. Les etoiles brillaient. Un merveilleux moment — une merveilleuse chanson. Une fois terminé, mon «frère» a commencé à raconter l’histoire de son arrière-arrière grand-père qui a été emprisonné en Allemagne. Moi, j’enchaînais avec l’histoire de mon arrière grand-père déporté en Russie. Ce fut un échange émouvant entre un géorgien et un allemand. Entre Deux frères.

 

Un pays de contraste : architecture moderne et vestiges de l’Union Soviétique.

Pour ne pas terminé de façon trop pathétique, je voudrais raconter une dernière histoire.
Ma rencontre avec Imeda. Comme chaque lundi, j’allais à Vardisubani. Juste en quittant la Marschrutka un homme m’adressa la parole en me demandant qui j’étais et d’où je venais. Je lui répondais et disais que je n’avais pas trop le temps de parler. Ou du moins je l’ai essayé. Avec mon peu de vocabulaire et en sachant que les géorgiens ont une autre notion du temps, un temps sans contrainte. L’homme se présentant comme Imeda, me pria de le suivre en me montrant un banc quelques mètres plus loin et disparu dans le magasin tout proche. Que voulait-il donc? Je n’en n’avais pas la moindre idée et j’allais partir quand il arriva avec deux bouteilles de bière et un paquet de chips. Ma réticence au départ fit place à une joyeuse discussion. Il m’expliqua qu’il avait appris l’allemand quand il était petit. Pour me le prouver, il désigna les bières en s’écriant «Bär» (cette prononciation veut dire ours et non bière qui se prononce «Bier») ! Ce à quoi je répondais «Sakartvelos Gaumardschos» ce qui veut dire «vive la Géorgie». Je devins alors le «Megobari germaneli» : l’ami allemand. Je devais vraiment partir pour rejoindre les jeunes (J’étai déjà en retard d’une demi heure), nous nous promîmes de nous retrouver la semaine suivante. Pour une autre bière.
Heureusement, les jeunes m’attendaient. C’était une bonne rencontre ayant pour thème la composition d’image. Le seul problème fut, comme provoque chaque bonne bière connue sur cette planete, que je dus plusieurs fois aller là où personne ne peut aller à ma place.

Il ne m’en tinrent pas rigueur.

 

 

 

Nouveau noël.

Lorsque j’avais 15 ans, j’ai été déçu. Noel n’était plus vraiment Noel. Les petits biscuits (Plätzchen), les chants de Noel et le vin chaud n’arrivaient plus à déclencher la magie des années passées. Noel n’était rien de plus qu’une suite de traditions incompréhensibles.
Un an plus tard, ma vision avait complètement changé. Et je retrouvait alors la magie de Noel. Etais-t-je retourné en enfance? Non, l’innocence enfantine entourant Noel de mystère et de magie n’était pas revenue. Quelque chose d’autre l’avait remplacé : l’adhésion consciente à cet événement si irrationnel. Cet événement, qui est l’histoire de la Nativité. Je pouvais dire que, en ce qui concernait Noel, j’étais devenu adulte.
Un changement radical comme il y a quatre ans se passa aussi cette année.
Famille? Absente.
Sapin de Noel? Un arbuste maigrichon de 90 cm.
Gâteau de Noel? Pas celui de Oma.

 

Leonie, Lotte, Hanna et Katja, mes autres «collègues», avaient décidé de passer les fêtes en Allemagne. Joanna restait à l’ouest de la Géorgie. Benedikt et moi décidèrent alors de fêter Noel ensemble à Tbilissi.

Un sac poubelle et une grande enveloppe firent l’affaire pour bricoler une crèche.

Le matin du 24, Benedikt et moi sommes allés acheter un sapin et ce dont on a besoin pour préparer Noel. C’était une véritable aventure dans un pays étranger où de plus Noel n’est pas célébré à cette date. En Géorgie, c’est le 7 janvier. Mais comme chez nous, depuis un mois le coté commercial de Noel n’a pas de limite. Je n’ai jamais vu autant de choses kitchs de ma vie. Le pire était une sorte de colonne de cinq camions plein de guirlandes électriques rouges et parsemées d’ours polaires… Par des haut-parleurs grincheux ils diffusaient «Jingle Bells, Jingle Bells». C’est bien sûr connu, aussi en Géorgie (premier pays christianisé), que, en vérité, Jésus est venu sur terre sous la forme d’une bouteille de Coca Cola. Approximatif une de deux litre.

Apparence trompeuse.

Revenons sur l’achat de notre sapin. Nous trouvions sur une petite place plusieurs vendeuses. En trouver un joli se révéla vite difficile. Ceux qui ne ressemblaient pas à un buisson de Savane étaient constitués d’un bâton central et de branches collées dessus. Et ça en considérant que une des plus populaires sortes de sapins utilisé au jour d’hui viens de la Georgie. Pour les experts entre vous: C’est le sapin Nordmann.
De retour chez Benedikt nous nous sommes mis à la décoration avec les moyens du bord. Nous écoutions l’Oratorio de Noel de Bach en même temps. L’électricité ne marchait pas, mais de cuisiner à lumière de bougies n’a pas vraiment dérangé l’ambiance de Noel. Plutôt au contraire.
Vers 19h30 nous nous mirent en route pour l’église. Il existe à Tbilissi une petite paroisse luthérienne avec un évêque allemand. Avec cinq minutes de retard, en bon allemand (et Schilling), nous trouvions l’église. Après une absence de culte de cinq mois, le prêche fut à peu près buvable. Lorsque la «air» de Bach retentit je pensais à ma famille et essuyais trois larmes. En même temps, je me suis senti infiniment heureux, me sentant lié avec mon voisin comme avec tous ceux qui célébraient partout Noel. A ce moment là, il n’y avait plus trois mille kilomètres jusqu’à Minden.

La magie de Noel était là.
L’expérience vécue à 16 ans se trouvait complétée : Noel célébré entre amis, sans famille, de façon inhabituel pouvait être aussi très beau.

 

 

Une «Supra» – Avant-Après ou Après-Avant?

La «Supra» du Nouvel An.

Depuis que je suis à Lagodekhi, elle a été souvent évoqué : la Supra du Nouvel An. Grand événement de l’année et fête la plus importante. Plus elle approchait et plus ma curiosité grandissait. Une semaine avant, les préparatifs commencèrent intensivement. Cela veut dire que les femmes s’activaient dans la cuisine et les hommes étaient assis sur le canapé. La grand-mère ne cessait de se plaindre de la somme de travail à accomplir. Mais elle fit la sourde oreille quand je proposais que nous les hommes pourraient aider.
Avant la Supra, il y avait une fête dans le centre ville où tout le monde était réunis. Je faisait parti de l’organisation technique et j’étais chargé de documenté l’événement avec ma camera. Les impressions vont du kitch jusqu’à d’être en zone de guerre. Des rues alentours, s’élevaient des nuages de fumé. Des pétards explosaient partout. Le mot pétard n’est en fait pas très approprié. C’était plutôt des petites bombes, extrêmement bruyant et abîmant le sol. La police était là et regardait. Je regrettais à ce moment les réglementations maniaques-étroites allemandes.

 

Le centre ville de Lagodekhi.

A deux heures le matin nous sommes rentrés à la maison pour la Supra dont j’étais désigné pour être le «Tamada», c’est à dire le maître de cérémonie. En Géorgie il y a la tradition que le premier qui rentre dans la maison au Nouvel An doit être un invité. Cette personne le »მეკვლე — Mekvle«, donne le départ de la Supra en bénissant celui qui invite et en lui donnant un cadeau. Puis le Tamada prend la parole. Donc, je lançais un premier toast. Ceux-ci suivent un schéma bien précis : pour les Rois (morts depuis des siècles), pour la patrie et pour les ancêtres. Ensuite le Tamara peut laisser libre cours à sa créativité. Après avoir pensé et bu à la santé des multiple raisons pour l’existence humaine, les fils de la maison et moi-même partirent pour la prochaine Supra.

Pour résumer la suite : c’est un miracle que nous ayons retrouvé la maison le matin.

 

 

Marché aux puces à Tbilisi.

Cognac?

Etant considéré comme le troisième de la famille, je partage 24h sur 24 la vie géorgienne. Elle est marquée par l’absence d’emploi du temps. Aussi bien en semaine que le week-end, les soirées sont longues. Personne n’est jamais au lit avant minuit. Même le petit frère de dix ans. A minuit, on est souvent plus actif qu’à midi. La grand-mère décide de temps en temps de passer l’aspirateur à deux heures le matin. Quel coïncidence: il est comme moi, un allemand. Merci au constructeurs.
En conséquence le lever se fait tard le matin. Si je me lève tôt, vers neuf heures, je ne rencontre pas un chat dans la maison. Le 23 novembre, jour férié pour la Saint Georges, l’appel pour le petit-déjeuner était à 14h00. A peine assis le père de famille me demandait «Tu veux un cognac?»
De nouveau l’alcool. Durant les cinq derniers mois, j’ai bu plus de schnaps que le reste de ma vie, distillé maison. L’ambivalence de cette boisson est ici à son paroxysme. Un homme vomissant de son balcon ou des gens titubant sur l’autoroute sont choses courantes. En même temps l’alcool et un des meilleurs moyens pour le rapprochement des peuples.

Rien que pour ça, il a sa raison d’être. Le goût pourrait être aussi une raison mais en Kachetien ce n’est pas trop important. Après avoir aider mon père adoptif à presser les raisins et que celui-ci nous le présente à boire le soir même, je ne pouvais que dire que c’était délicieux. Ce n’était bien sûr pas le cas. Le vin était âgé de même pas un jour. Mon père adoptif me rassurait en me disant qu’il devenait meilleur après le troisième verre. Ce n’est pas rare de voir un géorgien — n’importe de quel génération — de faire la grimace après les premiers coups.
S’ il y a des invités, on sort le cognac — même au petit-déjeuner. Parfois même s’il n’y a pas d’invité, on le sort quand même. Il n’y a pas de règle.
Pour les repas, c’est la même chose, il n’y a pas d’horaire. Nous mangeons plutôt le soir mais le soir est une notion évasive comme je l’ai déjà raconté.
Quand je pouvais, je laissais tomber le petit-déjeuner en Allemagne. Maintenant je sais ce que je manquais. Il n’y a pas de petit-déjeuner en Géorgie. Il n’y a en fait aucune différence entre les repas. Quand la grand-mère me propose de combiner du chou farci avec un gâteau, j’ai mes difficultés. Le peu de structure n’enlève rien à la qualité culinaire géorgienne. Elle est succulente. On ne boit pas de vin rouge car il donne mal à la tête. Et puisque qu’il faut boire beaucoup, ce n’est pas étonnant.

 

Confrontation avec sa propre identité.

Que signifie finalement «être allemand»? Quelle est l’influence de la nationalité sur la propre identité? Avant de partir, je ne me suis pas considéré comme allemand ou français mais plutôt comme quelqu’un ayant la chance de vivre dans un pays développé et en paix. Le fait de vivre dans une toute autre culture et d’être confronté à l’image que les géorgiens ont des allemands me renvoie à mon identité culturelle. Le fait de devoir abandonner tous mes repères habituels me permet de les percevoir comme ce qu’ils sont vraiment: Relatif et interchangeable. Le fait de devoir s’adapter et d’essayer de comprendre un autre style de vie renvoie à essayer de comprendre aussi sa propre culture. Mon regard sur l’Allemagne change. Je vois des choses que je ne voyais pas. J’ai un autre regard sur moi-même. Est-ce que l’homme n’est pas autre chose que l’enfant de sa culture héréditaire? Depuis six mois je suis ici et l’expérience que je vis prouve le contraire: La Géorgie est devenue mon deuxième chez moi.

Johann

 

 

PS: Par ce lien vous trouvez mon plus récent film. Il prend au sujet le «Heretoba» festival à Lagodekhi.

PPS: Ici il y a encore plus d’images.

Le Kazbeg.
Délicieux.
Guerre civile ou festival?


 


30 Septembre: Quel Kargi Pitschi ne dit pas Madloba ?

Bien sûr, personne ne souhaite être menacé avec un couteau à sept heures du matin. Et ceci, naturellement, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit ! Mais à cette heure matinale, il n’y a vraiment personne dans les rues en Géorgie. Donc je ne pouvais compter sur quiconque pour m’aider. Heureusement, je me trouvais proche d’une filiale de Mc Donald où je pus me réfugier. Merci Mc Do ! C’est bien que tu existes !

 

Lieu de refuge en plein danger : le Mc Do. 
Cette journée mal débutée devait devenir une journée importante dans mon séjour Géorgien : mon départ sur mon lieu de mission. Ma désignation était Lagodekhi, une petite ville presque tout au bout, à l’Est de la Géorgie. Katja et Johanna prirent la direction de l’Ouest, vers la mer noire. Les quatre autres sont restés à Tbilissi.

Là, à gauche, c’est la maison de la famille qui m’accueille. Au fond, c’est le Caucase (le grand)..

Lagodekhi

A Lagodekhi, j’ai été accueilli chaleureusement par les cinq membres de la  famille que je peux déjà appeler ma famille d’adoption. Il y a d’abord la grand-mère „Bebo“, elle veille à tout surtout sur la cuisine. Tamuna est la mère et en même temps ma responsable dans l’ONG. où je vais travailler. Son mari, Giorgi travaille à la mairie, il est en ce moment le maire de Lagodekhi. Le fils aîné, Tazo a exactement le même âge que moi et se prépare à étudier. Nous nous entendons très bien, nous sortons dans les rues souvent le soir et profitons de la douceur des températures de fin d’été et parfois du bon vin géorgien ! Il y a enfin le petit frère, Deme âgé de dix ans. Même s’il n’y a que Tazo qui parle anglais, le contact avec tous est très très cordial. Je suis extrêmement reconnaissant pour cet accueil. Je suis même devenu depuis peu un „Kargi Bitschi“ ce qui signifie un peu près „bon garçon“ et en réponse je dis naturellement (!) „Madloba“, ce qui veut dire merci.

Finalement pas à Vardisubani ?

Sur le Caucase, il y a de la neige, lentement les températures baissent…
Au départ, il était prévu que j’aille dans le village de Vardisubani. Ma responsable a jugé que ce serait mieux pour moi de vivre dans une plus grande ville. Apres deux semaines, je lui suis très reconnaissant pour cette décision. Il y a une grande différence entre village et ville. En général, le niveau de vie est beaucoup plus élevé à Lagodekhi. Cela adoucit un peu le choc culturel, d’un autre coté ce la ne me permet pas de connaitre le quotidien rural qui est vraiment différent.
Déjà à Lagodekhi, le quotidien est bien différent qu’en Allemagne. Le centre ville est à deux minutes de notre maison et à dix minutes, il y a un magnifique Parc National. Il y a donc plus d’animation que l’on pourrait attendre d’une petite ville avec entre six et douze mille habitants-personne ne sait exactement le nombre d’habitants-. Il y a des restaurants et un café, bientôt commencera la construction d’une nouvelle discothèque. Les responsables de ce projet sont des jeunes très ambitieux et tournés vers l’Europe de l’Ouest. J’ai déjà fait connaissance de quelques uns d’entre eux. Ils se réjouissent de notre coopération future pour divers projets et moi aussi.

La première réunion de travail

Une salle communale.
Le premier jour, après m’être sommairement installé dans ma chambre, nous sommes allés au bureau. Le bureau appartient à l’ONG »საგა« (SAGA, Sakartvelos Samokalako Ganvitaribis Asotsiatsia). Cela signifie un peu près : „ Organisation pour le développement civil de Géorgie“. Elle travaille avec l’ONG CSRDG. Etait présente à cette réunion, Nino, ma responsable au niveau du CSRDG pour me présenter aux personnes avec lesquelles je vais coopérer. Donc, Tamuna, ma chef directe et „mère adoptive“ était aussi présente avec une collègue et cinq autres coordinatrices de communes avoisinantes. Ces personnes se sont aussi présentées et ont exprimé leurs attentes. La communication était compliquée puisque seulement deux personnes parlaient anglais : Nino et moi-même. Ensemble, a était élaboré un planning de la première semaine. Malheureusement, uniquement en géorgien. Les cinq coordinateurs vont directement travailler avec moi pour la réalisation des projets pédagogiques auprès des jeunes. Donc, pour cette première semaine, cela signifie pour moi : être en observateur. Chaque jour, nous sommes allés dans un village différent. Notre chauffeur Nodari, le seul homme de l’équipe nous a véhiculé.
Dans chaque village nous attendait soit une présentation ou une inauguration ou les deux ensemble. Je me rappelle de quelques faits marquants. Dans un village (introuvable sur la carte et j’ai oublié son nom) par exemple, quelques habitants ont acheté des livres d’occasion et ont fondé une bibliothèque. Notre salon, à Minden, est plus grand et contient, je pense plus de livres et c’est cela qui est fascinant : la commune ne fait rien dans cette direction et les habitants doivent prendre en main ce qu’ils veulent obtenir. Cela fonctionne bien, beaucoup de personnes s’engagent et ce qui est mis sur pied est apprécié.
Ailleurs, une femme, sans vraiment savoir comment s’y prendre, à organiser seule des cours du soir. Et maintenant, cette „école“ occupe tout un bâtiment et aide des jeunes mais surtout des femmes à se former pour trouver ou retrouver un métier.
Ailleurs encore, des jeunes sont accompagnés pour monter un centre sportif avec un aspect pédagogique pour aider les jeunes à vivre sainement. Pendant la présentation, quelques jeunes attendaient avec impatience de pouvoir passer à la pratique.
Voila, ce sont quelques exemples parmi tout ce que j’ai vu durant la semaine. Ces projets bien différents avaient un point commun : après une présentation suit une „supra“.

»Gaumardschos!«

Boire et manger appartient à la culture géorgienne comme Marie appartient à Joseph et le contraire. (traduction très près du texte !). La „supra“ est un rituel qui lie les dimensions  terrestres et célestes. La nourriture et le vin participe à en faire une sorte d’apothéose de la journée. Chaque „supra“ a son propre déroulement. Au début, c’est toujours une surprise comment elle va se terminer. Il y a quelques point commun dans le déroulement. La traduction du mot „supra“ pourrait être „orgie“ quoique ce ne soit pas le terme vraiment approprié…
Au fur et à mesure de la „supra“, les participants s’enivrent plus ou moins et les verres ne sont jamais vides. Les plats de nourriture sont tous disposés au milieu de la table et normalement tout n’est pas mangé. Mais si ça arrive, on les remplit, (c’est mal vu que les plats soient vides sur la table) mais c’est très rare car dès le début il y a énormément à manger. Le principal dans une supra, soit au restaurant, soit chez soi est que tous se servent dans les plats disposés au centre de la table. Chaque supra est dirigée par un „tamada“, l’importance de son rôle varie d’une supra à une autre. Souvent , c’est à l’homme de la maison ou à  celui qui invite au restaurent que revient cette tâche. Le tamada sent quand c’est le moment de porter un toast. Et cela un peu près toutes les cinq minutes ! Le premier est pour Dieu, le deuxième pour la Géorgie. Ensuite pour les ancêtres .Pour les frères et soeurs. Pour les femmes. Pour le repas. Pour tout. Après chaque toast suit un „gaumardschos!“, ce qui équivaut à „santé“. Ensuite on boit. Le professionnel vide son verre en une fois, mais celui qui ne le fait pas ne doit pas avoir honte. chacun boit autant qu’il peut. Ensuite les verres sont à nouveau remplis. Règle importante : il faut attendre le prochain „gaumardschos“ pour reboire…A la dernière supra, après peut-être 25 „gaumardschos“, il était environ 21.00, nous disions à chaque fois mon frère d’adoption et moi „zota“, „zota“ c’est à dire „un peu“, „un peu“. Et après 20 „gaumardschos“ de plus, c’était vraiment nécessaire !
Lors du Nouvel An, quand en Géorgie on fête Noel, toute la famille se rassemble et il y a une grande-supra. Giorgi, mon père adoptif m’a proposé de remplir le rôle de tamara. Quel honneur ! Et sans doute la meilleure motivation pour faire de grand progrès en géorgien. 
Gaumardschos !

2. Septembre: 7 volontaires pour tenir une maison

Une maison avec sept personnes, cela m’est bien familier. Mais sans ma maman ??? J’en profite pour remercier mes parents qui m’ont, entre autre, appris à faire la vaisselle…

Sans avoir vraiment de système nous arrivons à gérer le quotidien. Chacun prend en charge à tour de rôle les choses à faire. Ce qui est très pratique, c’est que les supermarché sont ouvert 24h sur 24.

J’apprécie beaucoup la liberté de décider quand et ce que l’on veut manger.


Et effectivement nous avons réussi à concocter quelques plats succulents : Chinkali, un plat géorgien, une salade de melon ou du pain et des pâtes maison…

Bien sûr, nous buvons aussi. Un bidon de 10 litres d’eau est à la disposition de chacun. Les bouteilles en plastique ne sont pas recyclées, elles vont dans la poubelle normale (il n’y a que celle là) ou dans la rue. Nous avons bien sûr aussi bu du vin géorgien, il est bon.

On a l’impression d’être en vacances ! Quel contraste avec l’été de cette année en Allemagne. Nous n’avons jamais besoin de nos pulls sauf le soir quand il ne fait que 25 degrés. Ce qui est rare.

Ambiance d’enfer
Donc c’est une atmosphère de vacances, une météo de rêve…. mais il y a une seule chose qui fait tâche. Une chose qui nous oblige à nous lever tôt, une chose qui nous fait transpirer beaucoup plus que la chaleur quotidienne. Une chose qui me rappelle étrangement les cours de latin en classe de troisième : apprendre le géorgien.

Chaque jour nous avons 4 heures de cours avec, de temps en temps, une pause de 5 minutes (à la géorgienne, c’est à dire élastique !). L’après-midi, nous apprenons les nouveautés du matin.

Cette langue ne ressemble à rien de connu à part l’ablatif en latin…

Quoi qu’il en soit j’ai déjà réussi à faire mes premiers achats en géorgien.


A bientôt 

Johann



23. Août: Finalement arrivé

Notre arrivée à Tbilisi dans la nuit (minuit) fut sans problème. L’atmosphère était magique : mille petites lumières dispersées sur les versants des montagnes et dans la vallée, légèrement diluées dans l’air chaud des réacteurs…. La première impression de Tbilisi était magnifique…en tout cas dans l’obscurité.
Notre responsable, Levan nous a accueilli, nous sept. Pendant le trajet, j’ai essayé de voir si la circulation se faisait à droite ou à gauche. Notre chauffeur conduisait la plupart du temps à droite….
Levan a loué pour nous une maison dans la banlieue de Tbilisi avec jardin et piscine ! Nous allons y vivre les trois première semaines.
Le lendemain nous avons fait les courses pour les premiers jours. Le paquet de cigarette coûte seulement 2 euros. Mais nous nous sommes concentrés sur l’essentiel ne vous inquiétez pas : papier toilette, produit à vaisselle…. Nous payons en Lari.
Il fait entre 25 et 30 degrés.

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Tbilisi

En fin d’après-midi, notre responsable nous a emmené dans le centre de la ville. Le trajet était de nouveau un peu chaotique : on peut sans problème utiliser son portable en conduisant….
Tbilisi est une ville sale mais aussi une belle ville, elle a de nombreuses facettes. J’ai eu un peu honte de me promener avec mon appareil photo (assez gros). Comme un vrai touriste. Je suis quand même là en mission humanitaire !
Vous pouvez voir les photos en cliquant sur „BILDER“.